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 FEUILLETONS (nouvelles courtes ou autres histoires drôles ou pas drôles) mais à suivre...

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MessageSujet: FEUILLETONS (nouvelles courtes ou autres histoires drôles ou pas drôles) mais à suivre...   Jeu 31 Jan - 1:43

Je vous propose de venir déposer ici des "feuilletons" (vous savez dans le temps, on avait les "Roman-feuilletons" que je feuilletais d'unn air amusé chez ma grand-mère maternelle. le niveau n'était pas toujours très haut! Mais, qu'importait. l'essentiel n'était-il pas pour le lecteur de rêver avant, pendant et après...jusqu'au prochain épisode et tant que le mot "fin" n'était pas affiché! A vos contributions!... Merci.

* Je commence cette nuit, pour donner l'exemple. Mais ne me laissez pas tout seul, SVP, vous avez bien des histoires courtes ou des nouvelles dans vos bibliothèques, prêtes à se feuilletonner pour nous!!!
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MessageSujet: Re: FEUILLETONS (nouvelles courtes ou autres histoires drôles ou pas drôles) mais à suivre...   Jeu 31 Jan - 1:52

L'alphabet d'Edmond (par Andréa H.Japp [nouvelle policière...ou pas, littéraire, en tout cas!]

Avertissement - L'alphabet d'Edmond est un témoignage d'admiration pour cette femme, professeur, trilingue, prisonnière politique dans un pays dont j'ai oublié le nom. Elle résista aux tortures et à la folie en comptant les lettres des trois langues qu'elle connaissait, dont le Français. Selon elle, le "e" est la lettre la plus fréquente de notre langue. AH Japp

Edmond leva la tête, inquiet. une goutte, une autre, embrassa la naissance de ses paupières., juste au coin interne de l'oeil, imitant un début de larmes. Il cligna des yeux, lui laissant le temps de s'infiltrer sous es cils, et déplia précipitamment la grande bâche bleue en plastique. Il en couvrit son Caddie, bordant ses flancs avec soin, puis examina l'ensemble avec soin et soupira de soulagement.

rien ne s'abîmerait, il suffirait d'attendre que l'averse s"éloigne, et il n'était pas pressé. (à suivre)
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MessageSujet: Re: FEUILLETONS (nouvelles courtes ou autres histoires drôles ou pas drôles) mais à suivre...   Ven 1 Fév - 1:54

l'Alphabet d'Edmond (suite)

Il épousseta d'un revers de manche la chaise de cuisine en skaï marron dont le dossier avait été perdu, et s'installa, patient. Un rire de jeune fille qui partait en courant, tirant sur la laisse de son chien, le fit sourire. le grondement d'un homme en lutte contre son parapluie récalcitrant aussi. Edmond s'absorba dans la contemplation des gouttes de pluie, qui inondaient progressivement le quai, trempant d'abord ses genoux et sa tête, puis ses cuisses, ses pieds. il aurait pu, bien sûr, tirer un coin de la bâche pour s'abriter dessous, mais il craignait d'offrir ainsi une solution d'infiltration à l'eau. La formule le fit rire, et il haussa les épaules de contentement. en d'autres termes, une voie de pénétration vers le contenu du Caddie.

L'onde fine et serrée persista quelques minutes, puis les gouttes se firent plus lourdes, plus obstinées, comme si elles rivalisaient de sérieux avec les premières.
Averse. C'est un joli mot. Les nuages déversent des trombes d'eau. un coup de génie de M. de la Quintinie, souhaitant raccourcir une locution malaisée qui ne se rendait pas compte de la puissante soudaineté du phénomène, et encore moins de sa brièveté."Pleuvoir à la verse". Edmond ferma les yeux et déglutit de bonheur : les mots sont des bonbons. Ils se goûtent, se dégustent en se tournant et se retournant sous votre langue. ils vous font venir la salive à la bouche... (à suivre)
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MessageSujet: Re: FEUILLETONS (nouvelles courtes ou autres histoires drôles ou pas drôles) mais à suivre...   Sam 2 Fév - 2:38

(suite d'Edmond)
"Gavée! ras la frange.Il flotte comme je pisse, y'a plus un rat dans cette foutue rue; C'est pas avec ce blouson de mes deux que je vais rester au sec. et puis mon Rimmel se barre. Ca pique, cette vacherie! c'est pas vrai! Faut que j'me casse dans le Sud, c'est nul de chez nul, ce bled!"

Emilou fonça tête baissée. Les contours du pont se diluaient dans les larmes brunâtres qui dégoulinaient de ses cils démaquillés par l'orage. Elle manqua de déraper sur ses chaussures à plate-forme, handicapée par l'étroite bande de tissu moulant qui lui servait de jupe, et lâcha son sac en vinyle fuchsia. Une bordée d'injures lui calma transitoirement les nerfs, et elle ramassa son portable, fauché une semaine plus tôt, ses cigarettes et ses trois tubes de rouge à lèvres qui s'étaient égaillés sur les pavés. Merde, les clopes étaient trempées, quant au téléphone, restait plus qu'à souhaiter que la flotte l'ait pas niqué! une silhouette bien droite, assise sur une chaise, mains croisées sur ses cuisses l'arrêta. ...
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MessageSujet: Re: FEUILLETONS (nouvelles courtes ou autres histoires drôles ou pas drôles) mais à suivre...   Sam 2 Fév - 21:25

(Edmond - reprise après le dernier bouillon!)

"Qu'est-ce qu'il foutait ce mec? Faut quand même avoir un gros grelot dans la tronche pour prendre la pluie comme un tas! Merde,pourquoi il se servait pas de la bâche qui couvrait son pucier?"
Elle s'avança vers l'homme maintenant assis, maintenant quelques mètres prudents entre eux, et cria :
-Eh, mec, j'peux me servir de ton plastique? Je suis trempée...
- Non, mademoiselle, je suis désolé.
- Hein?
- Comment.
- C'est quoi, ça?
- On dit "comment", pas "hein".
- Non, mais tu me lâches, mon pote!
Mais, je ne vous retiens pas, au revoir mademoiselle...

Emilou hésita quelques secondes, cherchant une vachardise bien sentie, laquelle ne vint pas, puis elle repartit en courant vers le pont.

(à suivre...)
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MessageSujet: Re: FEUILLETONS (nouvelles courtes ou autres histoires drôles ou pas drôles) mais à suivre...   Lun 4 Fév - 2:41

Edmond (suite et fin -provisoire- pour ce week-end) SNIF, ne pleurez-pas, vous en avez encore pour toute la semaine. Bisous du bout du bec! TT

Elle allait ressembler à quoi? Elle sentait déjà que ses tifs frisaient comme des niais. Elle les raidissait en les entourant autour de son crâne et en plaquant dessus un bonnet qu'elle conservait le temps qu'ils sèchent. Et puis ce tee-shirt prune qui lui collait au buste comme un épiderme en solde allait à tous les coups déteindre sur son ventre! Prune le bide! Ripou de chez ripou!
Emilou parvint sous l'arcade massive de pont et s'adossa aux pierres. Un relent de vieille pisse de clodos avivée par l'humidité lui fit monter les larmes aux yeux. "Bordel, fait chier!"

Depuis quand était-elle partie de chez sa mère? Pas loin de deux ans, maintenant.
Curieux comme toutes les choses qui l'avaient poussée dehors perdaient en netteté, pire, en réalité.

A l'époque, le raisonnement se tenait, tirant sa validité de son manque d'objectivité : un appart merdeux, dans un immeuble merdeux, sa seule alternative était de se coincer des heures durant dans un lycée professionnel pour ingurgiter des cours gerbatoires. En plus, il fallait se la faire, sa mère... Toujours à gueuler ou à geindre sur son sort. Y avait que sa petite soeur qui y parvenait, mais celle là, elle avait pété un grave plomb avant de naître.
&&&&&&&&&&&&&&&&&& La solution s'était imposée un jours qu'elle regardait une série à la téloche.
L'histoire d'une nana un peu comme elle : mal barrée, quoi, qui se tirait et qui rencontrait plein de gens et puis elle devenait une star :star: :star: de country music. Bon, la musique était craignos au goût d'Emilou, mais l'histoire percutait à mort. Elle se souvenait bien de la dernière phrase de la meuf, une fois qu'elle était devenue vachement célèbre et que tout le monde se traînait à ses pieds. " C'était ma vie et je me suis dit que c'était la seule chose qu'ils pourraient pas m'enlever." (a seguir) flower flower flower :study: :study: :study: :study:
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MessageSujet: urélia n'y avait pas pensé.   Mar 5 Fév - 22:08

Edmond (continuation)

"Puissant, quand même! Ca avait pas mal tourné dans sa tête : si ça se trouvait, une rechange l'attendait aussi en magasin, et ce n'était pas en restant là qu'elle l'obtiendrait.
Elle avait levé le camp peu de temps après, n'emportant que le strict nécessaire, mais abandonnant dans le vilain trois-pièces son ancien prénom: Aurélia, pour adopter celui de la fille de la série. C'était chouette, Aurélia, mais ça ne voulait pas dire grand chose dans son cas, pas assez prémonitoire. Prémonitoire, mes fesses! En ce qui concernait ses dons de clairvoyance, elle devrait requalifier. La tasse à ras bord. Elle s'était fait cogner, presque violer, dévaliser, injurier. Une nuit, un mec trop pété avait pissé sur le plastique noir qui la couvrait pensant qu'il s'agissait d'un sac-poubelle. Quand elle l'avait engueulé, il lui avait balancé : "De toutes façons, tu ressembles à un gros tas de déchets."

Elle devait se faufiler dans les toilettes des grands cafés pour parvenir à se laver un peu, et puis la manche dans les gares lui rapportait à peine de quoi bouffer et acheter un paquet de clopes. Sans compter qu'il valait mieux être prudent et pas piquer la place d'un autre, surtout pas d'un ds types qui organisaient les réseaux de mendiants. Ceux-là, mieux valait se cacher lorsqu'ils approchaient. Ils disposaient le matin les gosses - surtout les gamines' ça émeut encore plus le bourgeois- ou même ces pauvres fantômes unijambistes ou manchots aux gros carrefours, comme les pions d'une stratégie moyen-âgeuse, pour les ramasser le soir et leur faire les poches.

Sûr qu'il était à gerber l'appart de ma mère. on entendait le voisin du dessus pisser la nuit et prendre sa douche le matin, les mômes hurler,les ascenseurs grelotter de manière inquiétante lorsqu'ils s'arrêtaient à l'étage. on pouvait même profiter de la bouffe des autres tant les odeurs de graille s'infiltraient partout. Et puis, tout était moche et triste à pleurer dans cette piaule. Mais si on entendait le voisin du dessus pisser et prendre une douche, c'est qu'au moins il y avait des chiottes et une salle de bains.
deux ans plus tôt, cette déduction était si évidente qu'Aurélia n'y avait pas pensé. (à suivre...)
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MessageSujet: Re: FEUILLETONS (nouvelles courtes ou autres histoires drôles ou pas drôles) mais à suivre...   Mer 6 Fév - 21:20

Edmond (feuilleton)

Le problème, c'est qu'elle ne pouvait pas revenir maintenant. Oh, ce qu'en penserait sa mère, elle s'en tapait! Plus grand chose ne l'embarrassait.
Non, c'était bien pire que cela. Rentrer, c'était admettre que sa vie ne signifiait rien puisqu'"ils" n'avaient pas voulu la lui enlever. entériner sa non-existence et l'indifférence générale qu'elle induisait, c'était toujours au-dessus de ses forces. Sans doute faudrait-il encore quelques mois de débâcle pour qu'elle parvienne à cet épuisement qui excuse le renoncement.
La liberté, c'est ce qu'elle s'était seriné à l'époque. La liberté d'être et de devenir, de faire. Bordel, c'est quoi la liberté? est-ce que cela ressemble nécessairement à la voûte d'un pont parisien, dont les pierres sont si imprégnées de pisse que l'histoire des défaites humaines s'y entremêle? Est-ce que c'est un tee-shirt qui bave autour d'un nombril comme une maladie de peau? Surtout, est-ce la t-erreur permanente de ne pas être et que les autres l'aient su avant nous?

Emilou essuyait machinalement les grosses gouttes de pluie qui lui dégoulinaient le long des joues. Merde, elle était sous le pont et ce truc sous ses doigts était tiède. Ses yeux pleuraient, et elle était en train de se noyer de l'intérieur.

Un son là-bas, un grand cri à sa droite. Elle tourna la tête. (à suivre...)
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MessageSujet: Re: FEUILLETONS (nouvelles courtes ou autres histoires drôles ou pas drôles) mais à suivre...   Ven 8 Fév - 0:01

Edmond (feuilleton à suivre...)

Cent mètres plus loin, le vieux clodo au chariot repoussait d'une main deux jeunes types, tout en essayant de protéger de l'autre sa bâche en plastique. Un coup de pied l'allongea à moitié sur son chargement. Il se redressa, se débattant en vociférant. Les autres s'acharnaient avec cette méchanceté qu'Emilou avait apprise. La méchanceté de trop d'alcool, trop de galères, plus assez d'espoir, ou du moins d'appétence pour l'espoir.
Nous la conservons à fleurs de veines, cette envie de blesser, de saccager, l'oubliant le plus souvent, mais les abrasions de l'âme la font remonter jusqu'à nos griffes et nos mâchoires.

le grand homme maigre au Caddie se défendait comme il pouvait, tentant des coups de pied malhabiles, cramponné à son plastique bleu comme s'il s'agissait de sa survie.on aurait dit une de ces grandes araignées qui promènent en hésitant un corps en grain de riz sur huit hautes pattes grêles. comment ça s'appelait déjà? ...Ca commençait par un"F"...Ah oui! un faucheur, c'est ça!

Emilou contempla la scène quelques secondes. Il n'avait pas l'ombre d'une chance, les deux attaquants étaient agiles et surtout teigneux. Plus il résisterait, plus leur hargne croîtrait. Après tout, elle s'en foutait. L'univers qu'elle avait découvert, pour s'y retrouver piégée, estompait tout. Plus rien n'avait de sens particulier, plus rien ne méritait davantage qu'un coup d'oeil, une évaluation vague mais calculatrice : les deux agresseurs semblaient forts, elle ne pourrait rien leur piquer en douce pendant qu'ils se castagnaient.

L'injure fusa, si incongrue qu'elle l'entendit: "bourreaux incultes!"
L'accolement de ces deux mots la stupéfia.
Pourquoi "bourreaux"? Pourquoi pas "salopards", "enfoirés" ou même "voyous"? Pourquoi pas "de ta mère", "de mes deux", "de merde", au lieu d'"incultes"? Sur le coup, il ne lui vint pas à l'esprit que ce choix de mots était précisément la réponse à ses questions.

Rien à foutre. Mieux valait en retourner à elle. Où en était-t-elle, d'elle? A son inexistence, à tous ces gens, ces failles dans les regards glissants, à toutes ces transparences qu'elle croisait.

Une rage folle la secoua. (à suivre...)
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MessageSujet: Re: FEUILLETONS (nouvelles courtes ou autres histoires drôles ou pas drôles) mais à suivre...   Dim 10 Fév - 0:00

Mais merde, elle existait, c'était vrai qu'elle ETAIT. Et elle allait le prouver, leur démontrer, se le fourrer dans le crâne! Elle fonça.
Le vieil homme maigre s'effondrait, s'accrochant toujours à son chariot, parant d'un bras de plus en plus lent et inefficace les coups des deux autres.
Pour une fois, ses cothurnes trop raides lui obéirent, et elle vola presque au-dessus des pavés mouillés. Parvenue à la hauteur du plus petit des assaillants, elle bascula sur le flanc et propulsa de toutes ses forces dans les genoux du garçon, un pied armé d'une godasse qui pesait une bonne livre. Il hurla et tomba. L'autre, celui qui cognait le grand homme, se tourna, mauvais, défiguré par la perspective de la curée. Elle feinta, agrippa le montant nu du dossier de la chaise se skaï et la lui balança au visage, la rattrapant pour frapper encore. Pas le temps de faire dans la dentelle. elle était moins forte qu'eux et, si elle ne les massacrait pas en profitant de l'effet de surprise, elle se ferait exploser.
Et Emilou la sentit reculer, la haine électrique des deux mecs, céder le terrain d'abord à l'incompréhension puis à la douleur, donc à la peur. Elle cria à l'homme qui cherchait son souffle, une main crispée sur son estomac :
- mais bordel, bouge un peu tes fesses! On n'est pas à la répétition.
L'homme se redressa et avança poings fermés. Les deux petit loubards abandonnèrent la partie et s'enfuirent en les abreuvant d'injures de dépit.

Ils restèrent là, côte à côte, leur haleine s'entrechoquant selon une curieuse partition de buée pâle.
Enfin, l'homme âgé dit : (à suivre...)
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MessageSujet: Re: FEUILLETONS (nouvelles courtes ou autres histoires drôles ou pas drôles) mais à suivre...   Dim 17 Fév - 1:16

...."Il semblerait que la pluie ait cessé. je m'appelle Edmond, mademoiselle.
Il lui tendit cérémonieusement une main trempée qu'elle serra avec la même dignité.
-moi, c'est Emilou, qu'est-ce qu'il te voulaient, ces deux tordus?
- mon caddie, je suppose. Sans doute ont-ils pensé que j'y cachais quelque chose de monnayable.
- c'est précieux
- oh oui, très! Mais cela n'a pas grande valeur pécuniaire.
- pécuniaire?
- de l'argent.
- ah, c'est quoi?
- des livres, des magazines, beaucoup de choses en vérité.
Il tira avec d'infinies précautions le plastique bleu et découvrit des montagnes de bouquins, de journaux proprement serrés contre les barreaux d'aluminium du chariot. Emilou haussa les épaules. Dire qu'elle avait failli morfler grave pour du papelard! de toutes façons, les livres , ça l'avait toujours gonflée. enfin, du moins, l'idée des livres, puisque, à part un chapitre du Père Goriot, elle ne s'en souvenait pas d'en avoir jamais lu. Mais, bon, ça lui avait quand même bien pris la tête.
- je souhaitais vous remercier du fond du coeur, mademoiselle. Vous m'avez rendu un service peu commun. D'autant que j'avais sans doute manqué de civilité lorsque vous vous êtes arrêtée à ma hauteur, la première fois.
- c'est pas grave. il pleurait et...non je veux dire, il pleuvait et...
il sourit en l'interrompant :
- "pleuvait", "pleurait", ce qui prouve que les larmes sont souvent une averse, en plus "rageur", "ravageur", mais "rassurant", peut-être. (à suivre...)
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MessageSujet: Re: FEUILLETONS (nouvelles courtes ou autres histoires drôles ou pas drôles) mais à suivre...   Lun 18 Fév - 23:35

Edmond (suite)

- Hein?
- On dit...
- oui, je sais, "comment"...
- Alors, pourquoi ne pas le dire?
- Pour ce que ça change!
- Ah, mais les mots, mademoiselle, les mots sont des petits morceaux de l'âme des hommes. Permettez-moi d'abuser de votre temps et de vous expliquer quelque chose. Les mots sont portés par une onde qui est la voix, nous sommes bien d'accords? Cette onde voyage d'un être à l'autre, entraînant sa cohorte de sens.Elle se modifie progressivement, s'alourdissant des idées des autres. Lorsque, enfin, elle vous revient, elle est toute imprégnée d'existence, de plein d'existences. C'est pour cette excellente raison qu'il convent de choisir ses mots avec soin. Voyez-vous, chacun renferme son histoire, qui est aussi la nôtre et celle que nous ignorons. On ne peut pas bafouer l'histoire des autres sans abîmer la sienne.
Emilou fixa Edmond et déclara d'un ton convaincu :
- Faut arrêter de fumer le plastique, mon pote, ça grille.
Il lui tapota la joue, et insista:
- Je prends un exemple. l'homme est un omnivore, n'est-ce pas?
- Euh...ouais.
- Eh bien, il suffit de mettre une "H" entre les mains des hommes pour qu'ils s'entre-dévorent en devenant des "homnivores".
Il dut écrire les deux mots pour qu'elle comprenne et elle éclata de rire. (à suivre...)
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MessageSujet: Re: FEUILLETONS (nouvelles courtes ou autres histoires drôles ou pas drôles) mais à suivre...   Ven 22 Fév - 23:38

L'alphabet d'Edmond (suite)

Cela valait mieux parce que sans cela elle aurait fondu en larmes en se rendant soudain compte que, depuis deux ans, personne ne lui avait parlé.Or, lorsque, c'est bien la preuve qu'il existe; 'on adresse la parole à quelqu'un pour lui dire quelque chose de spécifique. Elle décida donc de passer quelque temps en compagnie d'Edmond afin de profiter un peu de son identité restituée. Finalement, il n'était pas aussi empoté qu'il en avait l'air, Edmond. lorsque, un peu épaté par son vocabulaire, elle lui demanda :
- Qu'est-ce que tu faisais, toi, avant? Certaine qu'il allait lui répondre avocat, professeur ou même diplomate, puisqu'il ressortait des menteuses confidence de maints ivrognes que le barreau de Paris était un des plus grands fournisseurs de cloches, il répondit d'un air étonné :
- Réceptionniste dans un hôtel parisien.
c'était un bon hôtel, une gentille clientèle. j'y ai conservé de solides amitiés. Elles me permettent de prendre des douches chaudes dans les chambres vacantes avant qu'on y fasse le ménage; Je vous y emmènerai, mais il faut être discret. en échange, je leur raconte des histoires que j'ai lues, ou bien je rédige quelques lettres. Vous savez, ces lettres importantes, qui doivent être tournées et ciselées parce qu'on y confie l'amour ou qu'on y défend l'argent.
- ET pourquoi tu t'es tiré?
- A la vérité, je ne sais pas;
- Si c'est pas mes oignons, te gêne pas pour me l'envoyer;
- "Si cela ne me concerne pas" ou encore "Si je me montre indiscrète" serait préférable. Non, ce n'était pas une dérobade de ma part. C'est le résultat d'un enchaînement si improbable que je m'y perds encore parfois. Or donc, dans l'ensemble, la clientèle était charmante, des réguliers pour la plupart. Sauf cette femme. on l'avait baptisé "la punaise en muguet"parce qu'elle s'aspergeait d'une épouvantable eau de toilette qui évoquait ce désodorisant dont on parfume les lieux de même appellation. Elle était d'une rare prétention, nous nous vengions. A part cela, c'était une jolie femme, bien mise. Toujours est-il qu'elle m'a accusé d'exposition. (à suivre...)
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MessageSujet: Re: FEUILLETONS (nouvelles courtes ou autres histoires drôles ou pas drôles) mais à suivre...   Sam 23 Fév - 21:32

- Pardon?
Il hésita et poursuivit en soupirant :
- Elle m'a accusé" de lui avoir fait des avances, de l'avoir suivie jusqu'à sa chambre et...comment dire, d'avoir baissé mon pantalon...avec mon caleçon.
- Mais c'est archidingue, il fallait protester, je ne sais pas, moi...
- Non...non, cela, je ne le pouvais pas...parce que c'était vrai. Je lui ai incontestablement montré mes organes génitaux...pour passer ensuite à la franche exhibition..en me dandinant devant elle dans cet appareil.
- Hein? Pardon... comment?
- Il faut vous dire, Emilou, que j'ai obtenu, dans jeune mon temps, quelques faveurs de dames. sans doute avais-je mal compris un regard ou un sourire. Je m'étais senti fondé à lancer une petite boutade. Cet après-midi là, nous étions dans l'ascenseur de l'hôtel. J'ai déclaré d'un ton sans doute un peu appuyé :
- Vous êtes un vrai bouquet de printemps
Je l'ai vue se crisper, ses lèvres se sont serrées et ses narines pincées. Elle m'a répondu avec une morgue crucifiante :
- Mais pour qui vous prenez-vous, le loufiat? Concentrez-vous sur vos brosses à chaussures. C'est votre place, ne l'oubliez-pas.
J'aurais préféré qu'elle me gifle. C'est bien une gifle de femme. C'est un éclat de passion, pas de mépris. Au bout du compte, ça laisse peu de traces, ou alors des traces plutôt réjouissantes... Le noeud se noue à ce moment précis. Je suis resté pétrifié. Je n'avais pas de mots.
J'en avais si peu appris. Et aucun de ceux que je connaissais ne me convenait. Oh! je savais de vilaines insultes, mais elles auraient donné raison à cette femme. Je cherchais désespérément quelques phrases pour expliquer et surtout la mortifier à son tour, lui retourner cette humiliation qui me faisait monter les larmes aux yeux dans cette cage en fer forgé qui se traînait jusqu'à l'étage supérieur. Rien. Tout ce que j'ai trouvé, c'est de la suivre dans le couloir et de baisser mon pantalon. Pathétique, consternant, n'est-ce pas?
- Crétin, mais pas de quoi en pondre une pendule.
- Si, oh si! J'ai bien sûr été licencié. J'aurais pu retrouver assez vite du travail, mais j'ai préféré m'offrir une sorte de congé sabbatique. Pour écouter. Ecouter les mots qui sortaient des autres. Et j'ai compris : les mots ont une telle force, une telle vigueur, une telle férocité, aussi parce qu'ils ne pardonnent rien et révèlent tout. Un vocabulaire, une élocution, et on renifle un triomphe ou une défaite, la crainte ou l'assurance. Il m'a donc paru essentiel de m'en saisir. (à suivre...)
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MessageSujet: Re: FEUILLETONS (nouvelles courtes ou autres histoires drôles ou pas drôles) mais à suivre...   Dim 24 Fév - 22:23

suite....

C'était vraiment pas daube, ce qu'il disait. un truc qu'elle avait senti sans pouvoir l'expliquer, parce que...ben, parce que pal mal de mots lui faisaient défaut. Décidément, elle allait poser son sac un peu plus longtemps aux côtés d'Edmond.
- Pourquoi tu les as traités de "bourreaux incultes"? Je veux dire, il y avait d'autres trucs à leur balancer!
- Parce que les termes étaient adéquats. Savez-vous que culture possède la même origine latine que "culte"? De cultus , le participe passé de colere qui signifie honorer, adorer. Ce qui nous donne la certitude notre humanité, c'est une culture. On adore un dieu en lui consacrant un culte et on honore les hommes en partageant leur culture. Pour en revenir à nos deux tristes bourreaux, imaginez-vous, jeune fille...nous étions de la même langue et je comprenais à peine leurs injures. Et cela, c'est très grave.
- Pourquoi?
- Vous avez entendu parler de la Tour de Babel?
- Euh...c'est où?...
- Dans la Genèse... la Bible...juste après le Déluge. Les hommes venaient d'être punis, je devrais dire exterminés, dieu étant affligé par leur méchanceté et leur corruption.
- Oh, c'est des histoires de curés...
- Non, il s'agit du Verbe. Ceux qui avaient été sauvés du déluge par Noé parlaient tous la même langue, mais leur ambition demeurait. Il construisirent une tout: la fameuse Tour de Babel, qui devait rivaliser avec Dieu. Celui-ci en perçut l'arrogance,peut-être aussi le danger. Il le prit très mal et constata :"...Ils ont tous la même langue...Rien ne les empêcherait de faire tout ce qu'ils ont projeté (Genèse XI, 6,8,9)

Et Dieu "confondit le langage de toute la terre, et les fils de l'homme cessèrent de construire la ville (Genèse XI, 6,8,9 suite...) Qu'il s'agisse pour vous d'un texte sacré ou d'une belle métaphore, ces lignes signifient que notre puissance naît de notre compréhension des mots des autres.
(à suivre...)
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MessageSujet: Re: FEUILLETONS (nouvelles courtes ou autres histoires drôles ou pas drôles) mais à suivre...   Mer 27 Fév - 0:58

.................Les jours passèrent, raccourcissant à vue d'oeil, comme pour anticiper la pingrerie que l'hiver installerait plus tard. Edmond et Emilou se racontèrent leur vie, n'omettant aucune de ses petites gloires et de ses grandes médiocrités. Les confidences allant, Emilou finit preque par trouver la sienne distrayante, tant elle avait été terne. Edmond, qui avait fini par accepter de la tutoyer, conclut :
- C'est parce que tu vas en sortir. Tu es presque à l'extérieur, maintenant. l'humour devient facile lorsque l'on regarde du dehors.

L'hôtel, où l'on tolérait qu'ils prisse des douches, était situé non loin de Notre-Dame.
L'idée de laisser son chariot sans surveillance pétrifiait Edmond, et le portier de l'hôtel l'avait prié de le dissimuler. Maintenant, ils étaient deux et pouvaient donc établir des tours de garde, l'un allant se doucher alors que' l'autre veillait au chargement. Bien qu'Emilou ne comprît pas l'importance du caddie, elle accepta la suggestion d 'Edmond pour lui faire plaisir. Il ajouta :
- En général, je ne suis pas très long. Sauf, bien sûr, lorsque quelqu'un a besoin d'une lettre. mais je vais te proposer quelques chose. une tentative. N'aie pas peur.
- j'ai pas la trouille.
- C'est bien.
Le lendemain matin, ils remisèrent le chariot sous le pont Marie. Avant de partir, Edmond tendit un volume à Emilou. Elle s'en saisit, une moue de franc déplaisir sur le visage.
- C'est quoi?
- Un livre. Le bonheur des dames, d'Emile Zola (1). C'est un si beau roman, tendu par une si belle passion, qui devrait te plaire. une très très jolie histoire d'amour.
- Bof, l'amour..
- Qu'en sais-tu de l'amour? Pas beaucoup plus que moi. Promets que tu liras au moins les trente premières pages. Allez, promets.
- Ouais...D'accord. Bon, beh vas-y mec, on passe pas le réveillon ici.

(à suivre...)
(1) toujours bigrement d'actualité ce roman qui a un siècle et demi!!! Le consumérisme y est déjà abordé sous son angle le plus...inquiétant!)
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MessageSujet: Re: FEUILLETONS (nouvelles courtes ou autres histoires drôles ou pas drôles) mais à suivre...   Jeu 28 Fév - 23:32

(L'alphabet d'Edmond...suite...)

Elle dut s'y reprendre à plusieurs fois, les mots se formaient avec difficulté dans sa bouche puis dans sa tête. Il fallait les dépiauter un à un, puis relire la phrase pour la comprendre. Ces deux années passées dans le désert des signes lui avaient tant fait oublier, beaucoup du peu qu'elle maîtrisait. D'abord, la résistance des lignes l'exaspéra au point qu'elle s'obstina, et puis, quelque chose se produisit qu'elle perçut à peine.Elle se sentit tirée dans ce petit magasin qui périclitait sous la pression d'un géant. Elle souilla le bas de sa robe de grosse toile dans les rues de Paris des pauvres. Elle serra les dents de rage et de frustration tant elle aurait aimé asséner une beigne colossale à cette pétasse de mère Desforges lorsqu'elle humiliait Denise.
Lorsque Edmond la retrouva, elle sanglotait. (à suivre...) :( :( :study:
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MessageSujet: Re: FEUILLETONS (nouvelles courtes ou autres histoires drôles ou pas drôles) mais à suivre...   Dim 3 Mar - 0:57

(suite) Il attendit en souriant, contemplant la glissade muette du fleuve en feuilletant un gros dictionnaire.

Quelques jours plus tard, elle aperçut au loin deux silhouettes inamicales. Les deux tarés de l'averse. Ils firent mine de s'avancer vers l'abri de fortune qu'Edmond avait monté à l'aide de gros cartons. Emilou se leva, s'avança de quelques pas, se campant bien droite, jambes légèrement écartées, poings sur les hanches. Elle adopta une mimique qu'elle espérait sarcastique et surtout dissuasive. Les deux fondus hésitèrent, puis disparurent.
- Que se passe t-il, Emilou? demanda Edmond en levant le nez de son dictionnaire.
- Rien, j'ai cru, mais rien...
Parce qu'ils partageaient tout, les petits trucs hétéroclites que fauchait Emilou dans les magasins, les romans qu'Edmond pêchait pour elle dans son chariot, et qu'elle dévorait en reniflant ou en pouffant, et les quelques sous que donnaient à Edmond ses anciens collègues de l'hôtel, la jeune fille liui confia l'avoir comparé à l'une de ces grandes araignées, les faucheurs.
- Non, il s'agit d'un faucheux. le Faucheur, c'est la mort. Faudrait-il admettre qu'elle ait de grandes pattes? Je ne le crois pas. j'ai recontré quelques une de ses décalcomanies : des bipèdes, courts de membres, surmontés de visage indiscutablement humains. Nul n'avait l'élégance incertaine de cet arthropode... Car les araignées ne sont pas des insectes, ces sont des arachnides, ajouta t-il.
- Bref, c'est dégueu, quand même!
- pourquoi cela?
- Ouais, euh..Oui, d'ailleurs pour quoi je dis ça, euh.. cela?

Une semaine plus tard, elle lui avoua un minuscule secret. Pourtant, à ses yeux, il s'agissait d'une révélation, pire d'une annulation, une sorte de grosse gomme à mémoire.
- En fait, Je m'appelle Aurélia, pas Emilou. (à suivre)
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MessageSujet: Re: FEUILLETONS (nouvelles courtes ou autres histoires drôles ou pas drôles) mais à suivre...   Dim 3 Mar - 21:48

L'Alphabet d'Edmond (suite et presque fin...°

Edmond prit sa main et sourit à son regard.
-C'est si joli, Aurélia. C'est un prénom doux, qui remonte le temps. Comme l'Aurélien d'Aragon ou Marc-Aurèle (1), quoique cette dernière généalogie soit quelque peu tirée par les cheveux, je te le concède. Remarque, Emilou, c'est gentil aussi, mais cela n'évoque pas grand chose.

Quand remarqua t-elle qu'elle avait perdu son sac en vinyle fuchsia, avec son Rimmel, son téléphone, son bâton de rouge à lèvres? Sans doute plusieurs jours après sa disparition. elle se tassa en attendant la vague de panique ou de rage que ne manquerait pas de provoquer cette catastrophe. Au bout de cinq très longues minutes, la vague n'ayant toujours pas déferlé en elle, elle s'autorisa à reprendre son souffle et à se détendre. Mince alors! cela lui était complètement indifférent. En revanche, ce dont elle était certaine, c'est que ce soir, Edmond lui expliqua à son tour son secret. Au demeurant, "secret" était un mot bien faible. Chef d'oeuvre eût été plus approprié. Le chef d'oeuvre d'un compagnon à l'issue de son tour de France, ou de son tour de lui.
Edmond avait entrepris plusieurs années auparavant de décortiquer tout les mots du dictionnaire afin d'en compter les lettres pour déterminer la plus usitée (2). Emilou en eut la chair de poule. elle murmura d'un souffle admiratif:
- Mais, c'est un travail de Titan!
Il aquiesça, si sérieux.
- En effet. Vois-tu, le dictionnaire n'est qu'un outil. Tous les mots y sont couchés sans indication de leur fréquence dans notre langue. ainsi, "herpe" est-il beaucoup moins usité que "griffe". Or, ce qui compte, c'est une réponse fiable )à la question : quelle est la lettre la plus utilisée par notre langue? il convient donc de prendre en compte les textes puisque ce sont eux qui concervent les mots.
- Ce qui explique le caddie... Que signifie "herpe"?
- C'est exact. Herpe, c'est une griffe de chien.

( à suivre...)
(1) je ne saurais trop vous conseiller la lecture des pensées et maximes de Marc Aurèle, ancien Empereur Romain, mais surtout grand philosophe, dont (rééditées en CD audio = Pensées à moi-même", dites par Jacques Gamblin.
(2) tirée d'une histoire vraie...
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MessageSujet: Re: FEUILLETONS (nouvelles courtes ou autres histoires drôles ou pas drôles) mais à suivre...   Lun 4 Mar - 22:44

- Je comprends. As-tu la réponse à la question,? Je veux dire, quelle lettre utilisons-nous le plus souvent?
Il soupira, admettant d'un ton piteux :
- La tâche prend un temps fou, tu n'imagines pas. D'autant que c'est un travail qui ne peut pas e mener durant des heures. Cela exige une concentration très particulière. J'en suis au milieu du "L". C'est à dire, même pas à la moitié.
- Si tu me dis quoi faire, je peux t'aider.
- C'est gentil.
- Mais, sur cet échantillon d'un gros tiers, quelle serait la lettre la plus fréquente? Après tout, nous n'utilisons pas beaucoup de "W", "X", "Y", "Z".
- Oh! Je ne suis pas d'accord! Nous nous servons pas mal du "Y", et puis il y a l'abondance des "M,N,P,R,S,T". mais je sens que tu attends une réponse plus préciser. Disons, avec toute la prudence requise, que je crois bien, du mois jusque là, que le "E" remporte la palme.
Emilou réfléchit quelques minutes, passant en revue tous les mots qu'elle connaissait et ces mois passés avec Edmond lui en avaient fait rencontrer un nombre étonnant.
- Cette conclusion a l'écho de la vérité, s'entendit-elle prononcer.
Elle en resta bouche bée.
Edmond lui caressa la joue du revers de sa main presque maigre, mais se retint de tout compliment par tendresse. Les compliments effarouchent parfois, pire, ils font mal rétrospectivement en vous permettant d'entrevoir la profondeur du gouffre qu'ils comblent.
Il enchaîna :
- Enfin, c'est une satisfaction. je n'aimais vraiment pas le "A". C'est une lettre si sournoise, si menteuse. J'irais même jusqu'à affirmer qu'il s'agit d'une lettre courtisane et traîtresse.
- Oh! Comment cela?...
- Si, je t'assure. Qu'avons-nous avec des "A"? Limitons-nous simplement au langage usuel et poussons même la générosité jusqu'à ne retenir que les mots débutant par cette lettre. Amour, âme, ange, amitié, abri, absolu, accueil, adamantin; adoucir, agréable... J'en passe et des meilleures. Non, vois-tu, le "A", c'est un leurre dangereux.
- Il y a aussi : abdiquer, abrutir, ânerie, et même..anémie - ce n'est pas sain cela, ou abandon! attends, pire: assassin!
- Mais justement, ma jolie, on ne s'accroche qu'aux mots miraculeux, oubliant que l'absolu est souvent une ânerie et que les anges nous abandonnent à des amours anémiques qui nous abrutissent et nous poussent à l'abdication;
d'abord, elle sourit, puis elle se leva et serra la tête grisonnante de l'homme contre son ventre. Il l'avait appelée "ma jolie". Venant d'Edmond, c'était si bouleversant, le mot prenant toute son ampleur, occupant sa vraie place comme s'il renaissait.
elle tait jolie, c'est tout.
L'hiver passa. (à suivre...)
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MessageSujet: Re: FEUILLETONS (nouvelles courtes ou autres histoires drôles ou pas drôles) mais à suivre...   Mar 5 Mar - 23:04

Il lui sembla moins vindicatif que les deux précédents. Edmond lui donna à lire La Mousson puis Le Chantier des rêves.
Emilou suffoqua dans la moiteur pesante d'un véritable automne d'Inde en chassant les papillons de neige qui fondaient sur son front.
- Mais pourquoi tu ne choisis que des histoires d'amour?
- Qu'y a -t-il de plus intéressant?
Elle faillit trouver la réponse lorsqu'elle rencontra Ziggy au détour d'un pilier du pont Marie. Elle frissonnait, les boucles serrées de ses longs cheveux retenant encore un peu de la vapeur d'eau bien chaude de la douche. Le sourire du jeune homme la chavira au point qu'elle n'eût plus froid. Etrange, il ressemblait un peu à Octave Mouret, du moins à l'image qu'elle s'en était forgée.
- Salut, je m'appelle Ziggy, et toi? Je viens d'arriver dans les parages. Je voudrais pas gêner.
- Emilou. Cela ne nous gêne pas. Nous occupons un renfoncement, bien plus loin sur la berge.
- Nous?
- Edmond et moi.
- C'est ton mec?
Emilou chercha. Qui était Edmond, au juste?
- Non...Mon père.
Après tout, elle n'en avait jamais connu et, si elle avait pu en choisir un, elle aurait voulu Edmond.
Elle revit Ziggy à plusieurs reprises dans les jours qui suivirent.
Il était beau et son visage d'enfant la bouleversait. Ziggy avait beaucoup "tapé la route" comme il disait, sillonnant d'Espagne en Hollande, puis bifurquant par l'Allemagne pour revenir en France après un périple italien. Elle lui conta à son tour son histoire, n'en omettant que sa rencontre avec Edmond, trop complexe à expliquer.
Lorsqu'il tendit la main vers son visage, elle ferma les yeux. Lorsque sa bouche effleura la sienne, une boule de larmes remonta dans sa gorge. Il murmura contre ses lèvres :
- Pas maintenant, pas ici. Trop craignons. Reviens ce soir, tu veux bien?
Elle acquiesça d'un signe de tête, sentant que le moindre son libèrerait un orage de sanglots.
Edmond écouta ses confidences avec attention, puis l'encouragea :
- C'est de ton âge, jeune fille. Ne le laisse pas filer, les âges ne reviennent jamais.
Ziggy l'attendait, assis au milieu d'une couverture. Où avait-il déniché cette bouteille de vodka et ces paquets de chips et de gâteaux?
Il les lui offrit d'un geste cérémonieux. (à suivre...) Embarassed
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MessageSujet: Re: FEUILLETONS (nouvelles courtes ou autres histoires drôles ou pas drôles) mais à suivre...   Jeu 7 Mar - 0:53

L'ALPHABET d'EDMOND (suite et FIN)

- Cadeau pour toi.
Un froid mortifère la tira du coma au petit matin. Elle grelottait, nue, enroulée dans la couverture. La bouteille de vodka vide avait roulé plus loin, mais son contenu tanguait dans son crâne, lui martyrisant les tempes et faisant remonter son coeur dans sa bouche. Ziggy avait disparu en embarquant ses vêtements.
La panique la dessoula d'un seul coup. Emilou s'enveloppa dans la couverture et fonça pieds nus. Elle comprit avant d'apercevoir la forme désarticulée, avachie contre un des coins du chariot renversé. Des pages arrachées de fureur voletaient par à coups au-dessus des pavés., comme si elles tentaient de fuir la scène. Elle s'accroupit à côté d'Edmond et souleva doucement son visage ensanglanté, tuméfié par les coups. Une peine comme une lame impitoyable, un univers qui s'anéantit. Les deux bourreaux incultes étaient revenus, profitant de son absence ivrogne, sans doute orchestrée par Ziggy.
Il lui fallut plusieurs minutes pour allonger Edmond, sans le heurter. Elle dégagea son front des cheveux collés de sang et relaça une de ses chaussures de tennis. Elle récupéra ensuite tous els livres, toutes les pages échappées, et les rangea avec soin dans leur chariot qu'elle couvrit de la bâche.
Enfin, elle put hurler.

L'un des flics se tourna vers la jeune femme qui les avait escortés jusqu'au cadavre. encore une histoire de clodos! Il la détailla. Une jolie fille, avec ses cheveux bouclés si bruns et sa peau pâle. elle portait une grande chemise de bûcheron sur un jean.
- Tu l'as trouvé comme ça?
- En effet.
- Tu le connaissais?
- C'était un familier. Il s'appelait Edmond mais j'ignore son patronyme.
Quelque chose dans sa voix fit hésiter le policier.
- Vous habitez dans le coin?
- Le coin. Oui.
- Quoi?
- Rien. J'habite le coin.
- Vous n'auriez pas une idée de ce qui aurait pu le massacrer comme ça?
- Non, pas la moindre.

Sa vie avec Edmond n'appartenait qu'à eux deux. Elle resterait confidentielle, comme les plus beaux secrets. Leur mémoire commune s'arrêtait ici et maintenant. Ainsi, elle se préserverait toujours.
- Bon, bien on va faire enlever le corps
Emilou demanda d'un ton calme :
- Puis-je reprendre mon chariot, s'il vous plaît?
- C'est à vous ces saloperies? Vous gênez pas, ça fera des détritus en moins. Ah, au fait, comment vous appelez-vous?
- Aurélia.

Ami Edmond, l'Amour est un Ange Admirable. Il Apporte à l'Âme l'Antalgique sans lequel on l'Assassine.
Je t'Aime.
Adieu.
Aurélia
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MessageSujet: Re: FEUILLETONS (nouvelles courtes ou autres histoires drôles ou pas drôles) mais à suivre...   Jeu 7 Mar - 17:27

BRAVO THITI de nous avoir fait partager ce texte admirable d'humanité et d'amour !!!


cheers cheers cheers cheers cheers cheers cheers cheers cheers
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MessageSujet: Re: FEUILLETONS (nouvelles courtes ou autres histoires drôles ou pas drôles) mais à suivre...   Ven 8 Mar - 16:32

J'avais pas vu !!!

Thiri Bravo !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
J'ai vraiment apprécié merci beaucoup.

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MessageSujet: Re: FEUILLETONS (nouvelles courtes ou autres histoires drôles ou pas drôles) mais à suivre...   Ven 8 Mar - 16:37

Merci les filles! Vous êtes de sympathiques lectrices et partagez les mêmes goûts! C'est pourquoi je m'étais permis de relancer dans mon bonjour d'hier l'existence du feuilleton qui...se terminait, et suis donc d'autant plus content non seulement que Loulou ait pu aussi le découvrir mais qu'elle l'ait autant apprécié. Telle se proposait hier d'en mettre à son tour un en ligne. Hélas, elle est pour l'heure déconnectée hors de sa volonté et sans pouvoir revenir malgré tous ses efforts. Espérons que ce feuilleton là va s'arranger. Bisous, amitiés et bon week-end à tous et à toutes! Thiti Question
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